Behind The Scene SERIe I : PORTIER _ ANONYME

Mis à jour : 1 août 2019


Pour ce premier portrait, nous avons rencontré un videur désireux de rester anonyme. Nous l’appellerons John Doe. Tu penses peut-être ne l’avoir jamais vu mais lui se souvient très bien de ton visage.

Découvre le métier de sorteur.

Depuis combien de temps travailles-tu en tant que sorteur ?

J’ai commencé en 2004 et ça va faire 15 ans que je travaille dans

ce milieu, avec quelques interruptions.


Quel est ton parcours professionnel ?

J’ai fait d’autres boulots en même temps que mon travail en tant que sorteur.

Avant j’étais encore étudiant. Le domaine dans lequel j’ai le plus d’expérience c’est la sécurité. Pas uniquement en tant que videur, mais j’ai fait tous les domaines de la sécurité : surveillance rapprochée, vigile dans un magasin, etc. Actuellement je ne fais que sorteur les soirs de week-end et la semaine je fais autre chose.


Comment es-tu devenu sorteur ?

Une fois que j’avais fini ma secondaire, je ne savais pas trop quoi faire. J’avais besoin d’argent à cause de problèmes familiaux et j’ai dû me mettre à travailler directement. J’avais des membres de ma famille qui travaillaient déjà dans la sécurité. Ils m’ont expliqué comment faire la formation et c’est comme ça que je suis entré dans le milieu. 


Quelle est la démarche à suivre pour devenir sorteur ?

D’abord, il y a l’accès à la profession qui s’appelle la loi Tobback. Une fois que tu l’obtiens, il y a une autre formation qui est le « Contrôle à la personne ». Dès qu’on a les deux, on peut travailler légalement en tant que sorteur. Certains n’ont pas fait ces formations et travaillent quand même, mais pour être « légal » il faut avoir fait ces deux parcours.


Pour quels types d’établissements travailles-tu ?

Pour l’instant je fais toujours les boites de nuit, les bars et j’alterne entre les deux. Je préfère travailler dans les clubs et les bars plutôt qu’en tant que vigile pour des magasins car c’est bien mieux payé et c’est moins chiant. On est plus actifs, le temps passe plus vite. Et je répète : c’est bien mieux payé ! (rires) J’ai travaillé à mes débuts en tant que vigile mais je préfère vraiment la nuit, je suis quelqu’un de sociable, j’aime être au contact des gens.


Une anecdote à nous partager ?

Il y en a tellement ! Je ne peux pas tout vous expliquer.

Un soir, un client qui a consommé des produits – illicites, ndlr – et qui finit en trans par terre et on a dû appeler une ambulance. C’est déjà arrivé plusieurs fois. Ça dépend des établissements mais ça arrive souvent dans les évènements « techno-house » où la clientèle consomme bien plus. Un soir dans une boite de nuit, j’ai vu un gars mettre de la drogue dans les verres de certaines jeunes femmes. Je me doutais de quelque chose et j’ai donc décidé de le suivre discrètement dans le club. Je l’ai pris en flagrant délit en train de mettre du GHB dans des boissons. Je l’ai attrapé en lui demandant de me suivre à l’extérieur avec mon collègue. On l’a regardé en lui disant : « Tu veux baiser des filles ? C’est nous que tu vas baiser. » Pour lui faire peur, on a commencé à descendre nos pantalons. Le mec a eu tellement peur qu’il s’est mis à pleurer et à nous supplier. Il a eu la peur de sa vie ! Il n’est pas prêt de recommencer celui-là. (rires)


Et dans des évènements plus chics ? As-tu déjà fait des rencontres surprenantes ?

Bien sûr ! J’ai déjà vu plusieurs stars, quelques personnalités françaises comme des chanteurs ou des acteurs. Ça va ils sont cool. Eux aussi, ils étaient pétés. C’est la nuit, forcément !


Quelle est ta routine avant de commencer le travail ?

Je n’en ai pas spécialement. En général on arrive sur place, on boit de l’eau ou un soda. On salue le personnel, on regarde quel type de soirée il s’agit, combien de personnes sont attendues de manière à anticiper le bon déroulement de la soirée. On regarde s’il y a des tables réservées, si la guest-list est importante ou non. Je regroupe toutes les informations dont j’ai besoin pour la soirée afin de ne pas être étonné si par exemple à la porte il y a un groupe de 40 personnes qui arrive et qu’ils nous disent avoir réservé des tables. Si on n’est pas au courant, c’est un manque de professionnalisme.


Comment parviens-tu à concilier ta vie personnelle et ton travail dans le milieu de la nuit ?

Ce n’est pas facile quand t’as une relation de couple et des enfants. C’est d’ailleurs ce qui a couté à ma dernière relation. Mais je ne me vois pas dans un boulot du lundi au vendredi à travailler 8h par jour pour 1 200€ par mois. Parfois, dans le milieu de la nuit, je peux faire ce chiffre en trois ou quatre soirées selon les endroits. En fait, maintenant je suis habitué à un rythme que je ne peux pas lâcher. A moins que je devienne père de famille. Si un jour j’ai des enfants, là oui peut-être… Mais pour l’instant il est de hors de question pour moi d’aller au boulot comme tout le monde.


A travers toutes ces soirées, tu connais bien le milieu de la nuit à Bruxelles. Comment le définirais-tu ?

C’est un milieu cool mais très factice, très hypocrite. C’est des faux amis, des faux semblants, un peu comme partout. Dans le milieu de la nuit, il ne faut pas espérer faire de vraies rencontres si ce n’est des rencontres professionnelles. Sinon tout le monde s’aime bien, tout le monde se fait la bise, tout le monde est amis quand on a bu. Mais le jour c’est autre chose. A chaque fois j’essaie de faire une distinction entre ma vie privée et ma vie professionnelle. Il ne faut pas commencer à boire des verres avec des clients la journée et tout mélanger. C’est important de bien séparer les deux.


N’es-tu pas tenté de faire la fête quand tu travailles pour des soirées ?

Pour être honnête avec toi, ça dépend des établissements. Parfois, certains patrons t’autorisent à boire deux ou trois verres alors que d’autres non. Ça varie selon les établissements et les affinités qu’on peut avoir avec le patron. Mais c’est vrai que dans un établissement où les gens sont bien défoncés et qu’ils sont hyper chiants, il faut boire un verre ou deux pour être plus cool. Sinon on a envie de frapper tout le monde. Des fois l’alcool t’aide à te calmer, à rester tranquille et à rigoler un peu avec les clients. Si on est trop sérieux, ça ne marche pas.


Un mot pour la fin ?

C’est un boulot qu’on doit pouvoir faire lorsqu’on est jeune. Moi personnellement, j’ai déjà la trentaine bien avancée. Mais c’est un métier cool où on peut gagner beaucoup d’argent. Cependant il y a beaucoup de restrictions à faire. Si on est en couple ou qu’on a une vie de famille, il faut mettre ça de côté. Malheureusement ce n’est pas un métier qu’on peut faire toute sa vie.

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