ADAM: la club-culture envahit le white cube

Mis à jour : 7 mai 2019

Et si le temps d’une exposition, le white cube se transformait en véritable boite de nuit ? Le clubbing s’institutionnalise pour la première fois à Bruxelles grâce à l’exposition multidisciplinaire Night Fever. Designing Club Culture 1960 today dédiée au design et à la culture des discothèques. L’ADAM en back to back avec le Vitra Design Museum à Weil am Rheim (Allemagne) mixe une sélection d’archives graphiques, de genres musicaux et de projets architecturaux pour nous faire revivre les soirées les plus mythiques de la club-culture.


© Mark Niedermann

C’est par l’entrée du célèbre club florentin le Space Electronic (1969) et ses célèbres néons roses, que nous pénétrons dans l’exposition organisée par ordre chronologique. Chaque décennie a son lieu iconique chargé d’histoires et d’expérimentations qui continuent encore d’alimenter l’imaginaire collectif et d’influencer les oiseaux de nuit d’aujourd’hui. Du Studio 54 à New-York, en passant par le Ministry of Sound à Londres, ou encore le Piper à Rome, ces espaces sont de véritables incubateurs de la culture pop. Les boites de nuit deviennent des lieux de rassemblement de la scène avant-gardiste où se forment des communautés aux identités multiples. DJ’s, ingénieurs sons, designers, artistes et architectes construisent ensemble des lieux extravagants et hors du temps où les individus expérimentent collectivement une nouvelle liberté qui leur permet de s’évader loin de leur quotidien grâce à la musique et aux expériences sensorielles intenses procurées par la consommation de stupéfiants.

Mobilier design, plans architecturaux, et même tenues vestimentaires, aucun détail n’a été oublié par la commissaire d’exposition, Katarina Serulus, ni même la musique puisqu’après tout une exposition sur le clubbing sans piste de danse ne serait pas vraiment appropriée, pas vrai ? L’installation interactive et musicale aux effets lumineux des artistes Konstantin Grcic et Mattias Singer nous permet de voyager à travers trois décennies clés qui ont marqué à jamais le disco, la house et la techno. Et puisqu’ils sont plutôt sympas, ils ont même indiqué la track-list. Non loin de l’œuvre, se trouvent également les mixtapes inédites de Jean-Claude Maury, ancien DJ résident du Mirano qui était le premier à importer le Balearic beat (1) d’Ibiza jusqu’à Bruxelles. Un retour vers le passé à faire danser les plus nostalgiques d’entre nous.

© Mark Niedermann

L’exposition associée, Designing the Night. A visual history of Belgium’s nightclubs scene propose un focus sur l’identité visuelle et graphique de la vie nocturne belge depuis son émergence dans les années 70 jusqu’aux années 2010. Des documents rares nous sont dévoilés et dont certains sont même présentés pour la première fois au public : flyers, photographies, invitations ou encore affiches,... Ces documents éphémères issus de collections privées pour la plupart sont devenus de précieuses reliques, témoins silencieux d’une liberté d’expression totale et de l’inépuisable créativité graphique dont ont fait preuve les organisateurs des plus célèbres soirées belges.

Découvre également des produits dérivés tels que les iconiques blousons écussonnés de Bonzaï Records dont le logo se décline sur une collection entière de vêtements ou encore l’affiche emblématique des concerts de Joy Division au Plan K à Bruxelles.

Collection Annik Honoré © Jocelyne Coster
La force de cette exposition est de questionner la relation entre la culture des discothèques et le design d’hier à aujourd’hui, tout en rappelant que le graphisme fait partie intégrante du design.

Retracer le développement fulgurant de l’entertainment permet de questionner la place des discothèques dans le paysage urbain et leur manière d’aborder et d’accompagner les mutations sociétales et politiques de nos sociétés contemporaines. En février dernier, la Klubcommission de la ville de Berlin a annoncé que ce sont près de 3 millions de touristes qui se sont rendus dans les clubs berlinois en 2018. Les dépenses des touristes comprenant logement, repas, entrées des clubs, consommations et autres dépenses, s’élèvent à un montant de 1,4 milliards dont 216 millions d’euros de bénéfices. Les clubs représentent pour beaucoup une source de motivation à se rendre à la capitale allemande devenue capitale mondiale de la techno. En 2016 la ville de Berlin a même officiellement classé le Berghain comme « lieu culturel » permettant ainsi au mythique club berlinois de bénéficier d’un régime fiscal plus clément. Les boites de nuit sont désormais considérées comme un atout touristique à part entière. En espérant qu’un jour, les responsables politiques belges réalisent eux aussi l’importance du monde de la nuit afin d'apporter un plus grand soutien et un meilleur accompagnement à nos clubs bruxellois dans le but d’assurer leur développement et leur pérennité.

Grace Jones during "Confinement" theme, Area, 1984. © Voler Hinz

Night Fever. Designing Club Culture 1960 - today Du 21 novembre 2018 au 05 mai 2019 Designing the Night. A visual history of Belgium’s nightclubs scene Du 1er mars 2019 au 25 septembre 2019 ADAM Place de Belgique, 1

1020 Bruxelles

adamuseum.be

(1) Le Balearic beat, ou appelé également Balearic house, est un genre musical qui a émergé dans les années 1980 et qui mélange différents styles de dance music. Ce courant musical fut très populaire sur l’île d’Ibiza, notamment au club Amnesia grâce au DJ et producteur Alfredo Fiorito.

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