342: l'exposition qui bouscule les codes

Une clé et une adresse, le numéro 342 de la chaussée de Boondael à Ixelles qui donne le nom à l’exposition éphémère 342. Elle se tient du 5 décembre jusqu’au 21 décembre 2019 dans un appartement privé réparti sur 4 niveaux réaménagés pour l’occasion. Huit artistes issus du cinéma, du tatouage et du graffiti ont été invités à s’approprier ces lieux pour s’affranchir des espaces aseptisés des galeries et des musées pour proposer une exposition indépendante et hors des sentiers battus. Durant 16 jours, la chaussée de Boondael d’Ixelles devient le nouvel épicentre de la scène artistique underground de Bruxelles.

Il aura nécessité pas moins de deux mois de travail acharné pour aménager cet appartement situé sur la chaussée de Boondael devenu le nouveau terrain de jeux de ces huit artistes à l’énergie et à l’inspiration débordantes. «C’est un collectionneur qui a acheté une maison et qui me permet de faire un petit peu ce que je veux avant de la retaper et de la revendre.» nous confie Quentin Chabrillac aka Padre, l’un des artistes à l’initiative du projet et membre du collectif SuperColle dont six des artistes exposés en font partie. A l’origine, c’est avant tout l’histoire d’une bande de potes unis par la passion du street-art qui a décidé de ne pas attendre sur les galeristes ou les commissaires d’exposition pour pouvoir exposer leurs œuvres issues du street-art et de l’art brut. Le collectif n’est pas à son premier coup d’essai puisqu’il s’agit déjà de la sixième exposition indépendante et auto-gérée qu’organise Padre, originaire de Toulouse et très actif sur la scène vandale depuis 1999. Pour cette édition inédite à Bruxelles, l’exposition réunit des acteurs pertinents aux réflexions convergentes, afin d’interroger le regard et son pourquoi. « On a bossé sous l’impulsion d’un travail à la base que j’avais effectué sur le plein et le vide […] On en a parlé, ça plaisait à tout le monde donc chacun s’est un petit peu approprié la thématique. Chacun a fait ce qu’il faisait d’habitude. Je ne dirais pas qu’on a choisi un thème. On a plus parlé des mêmes choses pendant longtemps avant de créer donc forcément, les créations sont en rapport à cette discussion. » nous précise toujours Padre. Le travail du jeune artiste toulousain explore l’influence du vide et de l’absence dans nos choix et la manière dont notre esprit va œuvrer pour remplir ce vide. Par une sélection soignée de couleurs, de motifs et de gestes, les peintures de Padre évoquent des sentiments et des émotions propres à son passé pour une introspection sensible et mélancolique. La nostalgie est également palpable dans le travail de Wantoo, tatoueur autodidacte et résident au tatoo shop Singulier aux Marolles. Sa démarche artistique reflète une vision très personnelle du monde qui l’entoure. Le dessin, la photographie argentique et le tatouage se libèrent de leurs carcans pour s’affranchir de leurs formats et devenir des passerelles qui font le lien entre un présent douloureux et un passé idéalisé.

Le passé est également très présent chez l’artiste Sachiko qui signe une œuvre olfactive et auditive spécialement conçue pour l’exposition. En compilant une liste de bruits et d’odeurs, elle souligne la présence du vivant et la puissance de l’imaginaire et de la mémoire dans l’invisible et le vide. Elle puise son inspiration de sa double culture et de la recherche de ses origines offrant ainsi une œuvre qui, à l’instar d’une madeleine de Proust, évoque en nous des souvenirs du passé qui ont participé à la construction de notre identité actuelle et présente.

Les souvenirs alimentent également l’œuvre de l’artiste toulousaine Louise qui vit et travaille à Bruxelles dans le milieu du cinéma. L’écriture étant le fil conducteur de son travail artistique, elle utilise le son, la vidéo ainsi que la peinture et le dessin pour retranscrire avec sensibilité les souvenirs et les lieux qui nourrissent ses idées et leurs formes.

Si le passé, les souvenirs et la mélancolie représentent une source d’inspiration pour certains, pour d’autres ce sont les rêves et les songes qui alimentent leur processus créatif. L’artiste Malika crée un univers artistique personnel avec ses propres codes et légendes. Par une approche pluridisciplinaire, l’artiste compose des parties de paysages imaginaires et passe d’un médium à un autre avec aisance : collage, peinture, couture et vidéos sont autant de formes propices à l’expression de son univers chimérique mais bien réel.

A la douceur des songes s’opposent la violence et le danger issus du mouvement vandale. Le graffeur Apache y évolue depuis le début des années 2000. Ayant appris aux côtés de graffeurs issus de la vieille école, il a vu l’évolution du mouvement dont l’appropriation de ce milieu par les institutions artistiques et le marché de l’art. Pour lui, le graffiti est avant tout un besoin et un mode d’expression qu’il emploie avec passion et authenticité. Sur toile, ces œuvres évoquent l’acte spontané du graffiti et les situations dangereuses auxquelles sont confrontés les graffeurs.

A ses côtés, le sculpteur bruxellois Somey, graffeur et artiste de rue, joue avec les codes et brouille les limites entre vandalisme et pratique artistique in situ. Dans son travail PLATISME, il s’approprie des devantures et vitrines de magasin comme d’autres investissent des hangars ou bâtiments désaffectés. Par ce procédé, l’acte vandale se transforme en décoration de vitrine improvisée et le graffiti en happening. Ses dessins et peintures reflètent sa passion pour la science-fiction, la bande dessinée et le pop-art avec un style personnel et unique qu’il a développé au fil de ses voyages.

La plupart des artistes exposés s’interrogent beaucoup sur le monde qui les entoure et son influence sur leurs œuvres. Mia Wallace Von Dalz quant à lui s’interroge plus précisément sur le rôle politique de l’art dans notre société actuelle et le conflit supposé entre création artistique et responsabilité sociale. Pour lui, toute démarche artistique est marquée par les changements majeurs qui se produit autour d’elle.


Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’exposition 342 est particulièrement ancrée dans son époque grâce à l’union de jeunes artistes talentueux et créatifs qui bousculent les codes traditionnels pour mieux les renouveler et les dépasser. Découvrez sans plus attendre, leur travail dans ce lieu unique et insolite où chaque artiste a pu s’accaparer une pièce dans laquelle il a eu entièrement carte blanche tandis qu’un espace commun appelé « La Galerie » et situé au rez-de-chaussée, rassemble également plusieurs œuvres. L’exposition s’ouvre au public dès le jeudi 5 décembre 2019 à 18h et elle est en collaboration avec le collectifs bruxellois Chanoirs qui s’occupera de nous régaler les oreilles avec des DJ sets le soir du vernissage.

Précisons par ailleurs que lors du vernissage, l’artiste Wantoo proposera également aux visiteurs une sélection de tatoo flash réalisables sur place entre 80 et 120€. De plus, toutes les œuvres exposées sont à vendre afin de soutenir le financement des futurs projets artistique du collectif qui, on en est sûrs, n’a pas fini de faire parler de lui.

342 342 chaussée de Boondael 1050 Ixelles Vernissage le 05 décembre de 18h à 22h. Ouvert au public du mardi au samedi de 15h à 19h jusqu'au 21 décembre.

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